Entreprendre octobre 2021

Date de publication : 23 novembre 2021

FONDATEUR DE WINE OBJECTIVES

Adam Dakin : « De 100 000 à 600 000 € l’hectare »

Adam Dakin a longtemps travaillé dans le négoce bordelais et s’est spécialisé depuis une vingtaine d’années dans la transaction de domaines viticoles en Provence, Languedoc, Sud-Ouest et Vallée du Rhône. Il travaille avec Catherine Ott.

 

 Avez-vous noté un changement depuis deux ans sur votre marche ?

A.D. : Le marché a effectivement changé. Avant le Covid, un tiers de clientèle était étrangère, un tiers composé de Français « néophytes et un tiers issu de la filière viti-vinicoles des maisons type Castel, Grand Chais de France, Marcel Guigal, Maison Chapoutier…). Depuis le Covid, je n’ai plus d’étrangers du fait des restrictions de déplacements. Quant aux négociants, ceux qui évoluaient uniquement dans l’hôtellerie-restauration ont beaucoup souffert, cette clientèle a donc été moins active. Le marché a donc été porté par les Français, les grandes fortunes et les entrepreneurs qui investissent dans le cadre du « réemploi » (lors de la revente de leur entreprise, ils disposent de deux ans pour réemployer ce capital à hauteur de 60% afin d’éviter certains impôts liés aux plus-values). Pour ceux-là, le domaine agricole est devenu un secteur de prédilection. Plusieurs transactions sont en cours, avec des budgets conséquents de plus de 10 millions d’euros. Nous sommes dans une période assez rare où la demande et l’offre sont assez équilibrées, permettant de mener à bien les transactions.

Quelles sont les zones les plus actives et les prix moyens ?

A.D. : Je constate que vu le profil moyen des acheteurs actuels, le prix le moins élevé n’est pas un argument. De nombreux clients sont attirés par la Provence, où les prix sont de 100 000 euros l’hectare en moyenne, hors zone littoral (on atteint les 250 à 300 000 euros en Bandol). Les clients y disposent souvent déjà d’un réseau relationnel et la valeur immobilière est rassurante. Il s’agit de la zone la plus dynamique en ce qui me concerne. La vallée du Rhône est aussi active, mais il est clair que les transactions sont variables. Côte-Rôtie ne compte que 130 hectares, en Châteauneuf-du-Pape, les prix vont jusqu’à 600 000 €/ha, ou 300 000 en Gigondas, ce qui est évidemment bien différent du Languedoc Roussillon où les transactions se situent généralement entre 1 et 4 millions d’euros. En termes de financement, les banques sont assez ouvertes, mais à hauteur de 20 à 30% du besoin global, pas plus.

Certains clients jettent-ils l’éponge rapidement après un achat ?

A.D. : Il peut y avoir un divorce qui provoque une revente, mais globalement le cycle est plutôt de dix à quinze ans. Un entrepreneur vend sa société vers 55 ans, ouvre une belle page de sa vie dans le vin, et s’il n’y a pas de reprise familiale, il revend vers les 70 ans. Plus précisément, la commercialisation est souvent la pierre d’achoppement, notamment à l’international où la concurrence est rude.

Vous êtes sur ce marché depuis 22 ans, votre secret ?

A.D. : S’il y a un point sur lequel j’insiste, c’est la confidentialité. Tout reste en interne avec nos clients, sauf si ce sont eux qui décident de faire différemment.

Propos recueillis par Anne Florin