Transactions viticoles de prestige et perceptions de valeur

Date de publication : 23 octobre 2018

Si la vente du Clos du Tart en 2017 à 40M€ par hectare a fait couler de l’encre, la transaction annoncée sur la place de Bordeaux il y a un mois devrait littéralement faire couler un fleuve de Merlot, du cœur même de l’appellation Pomerol. D’après la presse, la famille Moueix, propriétaire du Château Pétrus, aurait cédé 20% de ses parts sur la base d’une valorisation estimée à un milliard d’euros pour 11.5 hectares, soit une valorisation à 87 million d’euros/ha.

Calcul de valorisation

Une telle valorisation pose évidemment des questions sur la méthode de calcul pour arriver à une cote pareille mais pose également d’autres interrogations sur un thème parallèle : prenons les statistiques éditées par la SAFER sur le prix des terres en 2017. Selon leur analyse, l’hectare de vignes en AOP Corbières vaut en moyenne 8 500€/ha.

L’AOP Corbières s’étend de Narbonne à Carcassonne sur une surface d’environ 10 000 hectares. Cela voudrait dire que l’intégralité de l’Appellation Corbières aurait une valeur d’environ 85 million d’euros, soit la même valeur qu’un hectare de vignes du Château Pétrus.

Transactions viticoles de grand prestige : la valeur perçue primordiale

Est-ce réellement possible qu’un hectare de vignes à Pomerol ait la même valeur que les 10 000 ha qui constituent toute une appellation ?

En réalité, la valorisation du Château Pétrus est grâce à la valeur perçue aux yeux d’un investisseur à un moment donné. Cette valeur n’est pas forcément monétaire et elle n’a pas de lien direct avec la valeur d’usage ou un quelconque coût de production. Par contre, dans le marché du luxe, la prise en compte de la valeur perçue est très importante pour la politique de la fixation du prix.

Dans le marché des transactions viticoles de grand prestige, la valeur perçue joue un rôle primordial et, vu les tendances haussières dans les appellations les plus convoitées et autour des grandes marques internationales, on peut s’attendre à ce que ces prix vertigineux continuent de grimper au ciel.